Athanor emprunte son nom au fourneau que les alchimistes entretenaient jour et nuit, sans jamais le laisser s'éteindre, dans l'espoir de transformer une matière vile en pierre philosophale. Un feu nourrit sans relâche, une chaleur constante qui travaille la matière en secret, loin des regards.
L'œuvre au noir, ou Nigredo, est la première étape du Grand Œuvre alchimique : celle de la dissolution, de la putréfaction nécessaire, du chaos qui précède toute transformation. Rien ne peut devenir or sans d'abord perdre sa forme initiale, se défaire, se décomposer dans l'obscurité du creuset. C'est cet état que le quatuor donne à entendre : quatre voix plongées dans une matière encore informe, qui se cherchent, se heurtent, se dissolvent l'une dans l'autre avant qu'aucune clarté ne soit permise.
Mais derrière la métamorphose se cache une quête plus vaste : celle de l’immortalité. Les traités anciens parlent du grand œuvre comme d'un rite sacré permettant à celui qui l’acomplirait de vaincre jusqu’à la mort elle même. En cela la quête de l'alchimiste et celle du compositeur ne sont peut-être pas si éloignées : faire naître, d'une matière simple et brute, quelque chose de précieux et effleurer l'éternité.