Avez-vous ouvert cette partition par votre volonté propre ou y étiez-vous prédestiné ? Depuis des millénaires, les cultures du monde entier s’apaisent face au vertige de la question du libre arbitre en invoquant des divinités qui se mouvraient dans l’ombre pour influer notre existence. Quelle que soit l’époque, quel que soit l’endroit, l’allégorie est toujours là même : des Nornes de la mythologie nordique aux Parques de la mythologie romaine, des légendes d’Asie aux araignées totem des tribus reculées en passant par les Moires de la mythologie grecque, toutes ces civilisations ont adopté sans pour autant se côtoyer l’image de Tisseuses dont les fils nous relieraient les uns aux autres et détermineraient les évènements qui jalonnent notre vie.
La pièce pour quatuor à cordes et harpe que vous tenez entre les mains est une invitation à pénétrer pour la première fois dans l’Antre des Moires et observer depuis l’obscurité ces trois sœurs rabougries tisser, dérouler et couper les longs fils de l’existence humaine. Une œuvre lyrique, sombre et inquiétante où les cordes de la harpe, des violons, de l’alto et du violoncelle vibrent comme autant de fils tendus jusqu’aux doigts crochus de ces trois créatures, fils au bout desquels nous, humains désarticulés, nous lutterions contre la Fatalité comme des mouches piégées dans la toile d’une araignée.