Dehors il fait nuit. Beethoven est assis à son piano. Il frappe le clavier de toutes ses forces et s'effondre. Voilà plusieurs mois qu'il le pressentait. Désormais plus aucun doute n’est possible : il devient sourd. Peu à peu mais sûrement. Sourd.
Bientôt les frontières du monde seront celles de son crâne. Ce crâne qui le démange tant les idées s’y bousculent. Depuis que l’extérieur perd sa voix, son intérieur est assourdissant. Les pensées, les notes, en continu, insoutenables. La mélodie qu’il est en train de composer serpente entre ses peines, terrifiante et rassurante. Une Sonate au Clair de Lune. Chaque fois qu’il reprend espoir, elle le raccompagne vers la fatalité douce du crépuscule qui l’attend.
Dehors les ténèbres ont englouti la Lune. Le monde est devenu royaume des ombres. Est-ce là le destin qui l’attend ? Finir emmuré dans son propre corps ? Allongé au milieu des partitions, les poings en sang, il ferme les yeux. Sa respiration se calme. Depuis les Ombres, c’est de là qu’il composera maintenant. Tout comme j’écris ce soir depuis son ombre à lui.